La Lettre de Lady Dorothy Stanley :
Texte Complet
Lady Dorothy Stanley's letter :
Complete Text
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TELEPHONE
2004 Victoria
2, RICHMOND TERRACE
WHITEHALL, S.W.1
6 juin 1923 Londres
Cher Monsieur Lenotre -
Depuis tant d'années je suis vôtre
débitrice, qu'aujourd'hui, - ayant relu
tous vos ouvrages avec une admiration
renouvellée et intensifiée, je me sens
portée à vous éxprimer, tant bien
que mal, mes sentiments sur vos
oeuvres, qui, aujourd'hui plus que
jamais, devraient être lu par
tout bons Français - Senateurs -
Députés - Préfets - Magistrats -
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Fonctionnaires de tous genres - et Le Peuple.
On n'est pas de son temps - et on
ne comprends pas ce qui se passe, si
l'on n'a pas lu son Lenotre -
Moi, je voudrais voir vos livres
traduits et répandus partout en
Angleterre, pour apprendre au Peuple
que ce qui a été peut-être
encore. C'est seulement par
L'Histoire du Passé que l'on
comprends celui du Present, et
que nous savons où sont les
écueils et les récifs qui ont fait
naufrage de tants de belles vies
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et de tant de beaux projets. Monsieur Lenotre,
vous avez le don merveilleux
et presque unique de faire revivre
le passé dans ses plus sombres
recoins. C'est vous qui m'avez
fait comprendre La Revolution
et les revolutions, - Fourquier Tinville
je le vois - je le reconnaitrai
Danton - Robespierre, et tant d'autres, ils
reviennent tous, non pas des ombres
pales, mais vivants, sinistres, ou
farouches et brutales. Le suprême
Traitre, Chevetel - et le faux bon-
homme Lalligant Morillon ! -
D'eux - on passe facilement
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à Lenin, cet être absolument
sinistre et fatale - au juif allemand
Trotsky - avec son armée rouge.
Ils sont tous de la même école !
Moi - qui sait mon Lenotre par
coeur, j'avoue que vôtre air
nationale, quand je l'entends, il me glace le coeur, et
je sens un frisson me passer le
cou. Cet air s'associe avec tant
de cruauté, tant d'injustice, que
je me demande comment il est
possible que La France l'a gardé
avec ces paroles, pour l'air nationale.
Pour mon plaisir, j'ai lu à haute
voix, à ma famille, en anglais
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traduisant tout en lisant. "Vieilles
Maisons. Vieux Papiers. Bleu, Blanc
et Rouge, etc. je viens de finir Le
Marquis de la ??? et demain ce
sera "Gens de la Vieille France.
Ma chère mère - avait été elevé en
France. Née en 1819 - elle est morte
en 1918. Ses pensées se rapportaient
beaucoup au Passé - et j'entendais d'elle
mille détails de la France, dans ces
temps lointains. Souvent elle est
descendue à l' Hotel Dessin, que
vous décrivez si bien dans "Gens
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de la Vieille France". Comme petite fille
elle a été sur les genoux de Talleyrand,
qui lui a fait peur ! - et il s'est
moqué d'elle, disant "un jour tu
t'en vantera ! -" Elle se rappela
qu'il était pale et jaune, avec un
nez comme une tête de mort et le cou
enroulé de mousseline blanche.
Lally Tollendal, elle a aussi vu.
Il l'a embrassé, et lui a paru
"un vieillard aimable et doux".
Jeune fille elle allait aux cours
de Mon. Collard. Là elle avait des
jeunes amies, filles ou parentes,
de M. de XXX. Qui a voulu voire
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"la belle anglaise". Mons. de XXX
l'a recut dans un apartement "assez
sombre et encombré de meubles - de
livres et de papiers". Ma mère
était très belle, avec un teint exquis.
Mons. de XXX a paru très content
de la voir. Il était très vieux et
portait une robe de chambre de
flanelle, assez sale. Il lui tapa
les joues, disant "C'est très bien
d'être venue faire visite à un
pauvre vieux - comme recompense
je te ferais voir quelque chose que
je ne montre guère - quelque chose
que tu n'oubliera jamais.
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Attends un peu." Et il s'en alla
dans une autre pièce, revenant
avec une boîte: il fit glisser le
couvercle, et ma mère vit une
tete de femme, désechée et
brunie, "couleur d'amadoue", disait
ma mère. "Ceci, ma petit, dit
Mr. de XXX, "C'est la tête de
Charlotte Corday !" La jeune fille
les larmes aux yeux, regarda longuement
cette tête d'une autre jeune fille
douée d'un si grand courage.
Ma mère n'a pu retrouver
trace de beauté. La Mort si cruelle
et Le Temps, également cruel, avait
enlevé la beauté de jeunesse candide
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qu'avait du avoir cet jeune fille.
Mais ma mère - comme
l'avait dit Mr. de XXX, n'a
jamais oublié cette triste relique.
J'espère que vous avez dans vos
portefeuilles encore quelques chose
pour nous.
C'est bien vrai comme
Vous nous dites, que les Revolution-
naires étaient tous ou cruels ou venales
ou tous les deux.
Comment était-il possible que
Le Millenium
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arrive par de tels hommes et de
tels moyens ! -
"Cueille t-on du raisin des épines
"ou des figues des chardons"
Vos livres prouvent que le Progres
arrive toujours par Evolution,
et jamais par Révolution.
J'éspère que vous pourrez déchiffrer
cette lettre, une petite feuille de
laurier, à la couronne que la
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France, et tous les pays vous doivent.
Agréez, Cher Monsieur Le Notre,
l'assurance de ma haute considération
et admiration.
Dorothy Stanley
(Lady Stanley)
Veuve de Stanley d'Afrique
fin de lettre

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Dernière Mise à Jour : / Last Updated :
01 mars / 2000 / March 01
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